Les sculptures et les images de Sirine Ammar sont un jeu d’équilibre entre masse et légèreté, obstruction et disparition. En quête de réduction, l’artiste travaille des matériaux lourds –  pierre, béton, matières synthétiques – à la recherche de formes compressées, aplaties. La matière écrasée s’allège au contact d’une trame omniprésente, maillage métallique qui vient à la fois étirer et rassembler les formes. L’image, traitée comme la matière, vient s’imprimer sur des tissus et des filets qu’elle traverse, métaphores d’espaces. Comme un souvenir qui s’efface, elle se dérobe à la lecture à travers une succession de vides intercalés.

Car c’est en négatif que Sirine Ammar voudrait creuser le volume, dans le territoire fantomatique du trou et du vide. Le poids des matériaux qu’elle sollicite exerce une pression et font ployer la forme, tandis que ses photographies témoignent d’architectures en déconstruction. Ce n’est cependant pas l’esthétique du chantier que convoite ici l’artiste, mais plutôt son énergie, le processus qu’elle engage, les forces invisibles à l’œuvre. Alors que le béton impose sa taille, le geste de Sirine Ammar injecte paradoxalement une souplesse qui vient ramollir les formes, étirer l’espace.


Elisa Rigoulet

 

Née et travaille à Paris

14 avril 1991

/ entretien



Que vient apporter l’image photographique dans ton travail de sculptures et d’installation ?



La photographie et le travail de collage numérique me permettent d'opérer la fusion entre matière (l'image), forme et espace sur une surface en deux dimensions.



Il y a une puissante idée d’écrasement dans tes sculptures et dans tes images. Pourtant ce principe n’empêche pas la verticalité dans tes installations. Comment expliques-tu ce paradoxe ?



La verticalité n'empêche pas la réduction que je recherche dans mon travail, au contraire, elle permet de suspendre la matière face au corps du spectateur, positionnée dans un « espace-entre ».



La trame définit aussi la structure de la narration. Y a t-il une place pour le texte, l’écriture dans ton travail ?



La trame est une structure omniprésente dans mon travail oui, mais a comme symbolique d'être une passerelle, témoin d'un espace-plan qu'elle représente. Cependant, l'écriture peut apparaître dans le langage formel que j'utilise dans mes sculptures.

 

/ biographie

Sirine Ammar vit et travaille à Paris. Elle a obtenu son DNSAP à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2017. Son travail a notamment été présenté à la galerie L’Inlassable, au DOC lors de l’exposition «Process in-situ»  en 2016, et, plus récemment, à l'espace Arondit. Également exposée à la Villa Belleville l'année dernière, elle a, par ailleurs, été invitée à créer une œuvre in-situ dans le cadre du Festival d'Histoire de l'Art (INHA) au Château de Fontainebleau la même année. Amatrice de collaborations, elle a mené trois projets curatoriaux dont "deplace emplace" au Point Éphémère en 2017 et "Plant Form" en 2018, aux côtés de Morgane Porcheron, un projet en deux temps qui s'est déployé sur deux espaces d'exposition, puisant ses origines dans la flore des milieux urbains.
 

"Trouvant souvent mes appuis dans l'image, je m’intéresse aux constructions temporaires, en transition, entre passé et présent, présent et futur... Entre le palpable et l'impalpable. Aujourd'hui, mes sculptures s'aplatissent et mes photographies s'épaississent dans un jeu perpétuel où des fragments du réel défient les formes abstraites."  

 

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